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Lyon - La publicité en débat ?

Article publié le mercredi 3 octobre 2007

Le 28 juin 2007, le collectif des Déboulonneurs de Lyon a invité des politiques et des élus locaux à se positionner quant à la publicité. Ce fut l’occasion de leur demander leurs actions et leurs engagements, mais aussi de recueillir leurs réactions sur l’exemple de la ville de Sao Paolo qui a interdit toutes les publicités sur son territoire. Bien entendu, le débat a beaucoup tourné autour du contrat de mobilier urbain signé avec Decaux qui échange vélos contre panneaux. Un questionnement d’actualité à l’heure où Paris réfléchit à l’interdiction des 4x3 malgré le marché récemment remporté par la même entreprise.

La publicité a-t-elle été fondamentalement remise en cause autour de la table qui réunissait des hommes politiques lyonnais de tous bords en cette soirée d’été (Vahé MURADIAN - UMP, Etienne TETE - Verts, Serge TARASSIOUX – PC, Laurent JOFFREY – PS, Fawzi BENARDIA – GAEC) ? Certes, l’impact paysager des panneaux est reconnu par tous, sauf par le représentant du PS, Laurent Joffrey, qui en venant à vélo’v, n’en aurait pas croisé un seul. A croire que Decaux fait mal son travail ! Mais l’animateur des débats, Philippe Chaslot de Lyon Capitale, n’est guère conspué quand il affirme que « la publicité, c’est l’art d’aujourd’hui » : entre s’interroger si les commandes faites aux peintres de la Renaissance nuit à la dimension artistique de leurs oeuvres et faire figurer Séguéla aux côtés de Botticelli, il n’y a qu’un pas, allégrement franchi. Vahé Muradian, élu UMP du 3ème arrondissement, va plus loin et ose un grand écart logique remarquable : étant donné qu’en URSS, il n’y avait pas de publicité (ce qui n’est pas tout à fait juste, mais passons), une société digne de ce nom ne saurait s’en passer. La publicité, fer de lance de la démocratie ! On se frotte les yeux, mais Philippe Chaslot surenchérit et propose une relecture audacieuse de l’histoire politique contemporaine : la publicité n’est-elle pas l’ambassadeur de notre société libérée dans les zones reculées ? La publicité étant inconcevable dans certaines dictatures, elle est donc une représentation de la liberté. CQFD.

Mais là n’est pas la plus grande vertu de la publicité : c’est surtout de pousser à la consommation. « De ce point de vue-là, affirme Vahé Muradian, je ne vois pas comment on peut être tout-à-fait contre ». Etienne Tête non plus. L’élu des Verts à la ville de Lyon nous rassure : la publicité pourrait être diminuée sur l’espace public sans que l’économie (à savoir, jusqu’à nouvel ordre, la consommation de masse et le capitalisme de marché) en soient affectés. Pourtant il souligne également qu’au vue des ressources naturelles, l’Occident doit changer de mode de vie... Et si, même dans une perspective économiste, les bienfaits de la publicité n’étaient pas si évidents ? Fawzi Benardia rappelle que les dépenses publicitaires sont payées par le consommateur : à l’heure où le pouvoir d’achat fait débat, il serait bon d’afficher cette taxe que personne n’a votée.

Cet élu GAEC à la ville de Villeurbanne s’interroge sur la société prônée par la pub. Normes imposées qui poussent aux dysfonctionnements alimentaires, « petite musique » omniprésente de la concurrence et de la marchandisation du monde : c’est également le constat que dresse Serge Tarassioux, adjoint PC à Pierre Bénite. Etienne Tête souligne les mensonges et la novlangue (la pollution, c’est l’écologie) employés comme argument de vente. Tout cela ne pose aucun problème à Vahé Muradian, qui de toutes façons compte sur le BVP pour moraliser le contenu – le bureau de vérification de la publicité, comme chacun sait, est une instance autorégulatrice qui n’a qu’un pouvoir de recommandation. C’est plutôt l’encombrement de l’espace public au détriment des poucettes et des personnes handicapées qui dérange M. Muradian. Comme quoi, il ne faut pas abuser des bonnes choses...

Derrière ce combat soudain et valeureux de l’UMP pour rendre l’espace public aux citoyens, les mauvaises langues ne verront qu’une occasion opportunément trouvée par l’opposition de critiquer la mairie actuelle - encore un peu d’espoir, et nous verrons la droite lyonnaise s’ériger contre les caméras de vidéo-surveillance ! Ladite mairie, se doutant que la prolifération des panneaux engendrée par le contrat vélo’v ne serait pas du plus grand chic, en a privilégié l’implantation... en banlieue ! Et Laurent Joffrey de s’enorgueillir que ce contrat avec Decaux ait été si bien négocié, engendrant un service de vélos apprécié des Lyonnais, qui coûte plus cher à l’opérateur que ce qu’il avait prévu. Soixante sucettes et cinq 8m2 supplémentaires sans compter le triplement des surfaces par des dispositifs déroulants et quarante faces concédées en bonus dans l’avenant de novembre 2006 : à ce tarif-là, il s’agit plutôt d’un contrat faustien - dont l’éternité, certes, s’est réduite de 35 à 13 ans. Vahé Muradian se demande où va s’arrêter cet engrenage qui consiste à alléger les charges municipales en échange de cession aux publicitaires d’espaces publics. L’heure est également à l’inquiétude pour Serge Tarassioux : « l’asphyxie financière des collectivités locales les forcera-t-elle à privatiser leurs services ? »

A Sao Paulo, la mairie a choisi une politique bien différente : constatant ses difficultés à faire respecter la réglementation, elle a interdit toutes publicités, sauf celles qui sont expressément autorisées. Cette logique convainc les élus de Pierre Bénite et de Villeurbanne. Mais pour le PS et l’UMP, il serait superflu de prendre de telles mesures drastiques puisque, c’est bien connu, la loi est parfaitement appliquée ! Pourtant, il est impossible de produire une simple cartographie des panneaux existants... Au dire d’Etienne Tête, « les hommes politiques peuvent agir »... encore faudrait-il qu’ils en aient la volonté !

Tous font le constat : les citoyens sont exaspérés par la publicité, et Vahé Muradian interprète le mouvement des Déboulonneurs comme le symptôme d’un ras-le-bol. Ah, nous allons donc entendre des engagements politiques radicaux ? A vrai dire, les citoyens devront s’exaspérer encore un peu plus avant qu’un déboulonnage canal littéral soit mis en oeuvre.

A Lyon, le mariage avec Decaux interdit tout changement, à moins que d’autres avenants ne viennent améliorer encore la dot publicitaire... En cas de changement de majorité, Vahé Muradian s’engage à faire enlever les panneaux gênants. Certains ne le sont pas ? L’équipe de Pierre Bénite promet une réflexion sur la question. A noter : la mise en place d’un « programme d’éducation à l’esprit critique et à l’image, destiné aux enfants », pour former la prochaine génération d’antipubs ! A Villeurbanne, des panneaux ont déjà été enlevés, notamment sur l’avenue Stalingrad et sur les entrées de ville. Ce qui a valu de la part de Decaux des affiches « la municipalité a interdit l’affichage publicitaire à tel endroit ». Une heureuse initiative (celle de la mairie), qu’il est prévu de poursuivre dans les mois à venir. Du côté du Sytral, Fawzi Benardia a confirmé la possibilité qu’a ce syndicat de transports de refuser une campagne publicitaire si son contenu lui semble contraire à sa mission de service public : une piste à explorer ! Un consensus se dégage autour de la nécessité de créer un POP (plan d’occupation publicitaire) à l’échelle du Grand Lyon, pour contraindre l’ensemble des communes de l’agglomération. Espérons qu’aux côtés des publicitaires, invités d’honneur à la table des négociations, seront conviés les citoyens, et qu’ils sauront faire entendre leur voix.

Le collectif des Déboulonneurs Lyonnais remercie chaleureusement les hommes politiques (pas une femme malheureusement...) qui, sachant pourtant qu’ils risquaient de se faire malmener, ont accepté de se prêter au jeu de ce débat. Ce ne fut pas le cas de Gilles Vesco, vice président au Grand Lyon chargé des nouvelles utilisations de l’espace public, donc du contrat de mobilier urbain avec l’entreprise JC Decaux. Nous ne saurons conclure de son absence son manque d’intérêt pour l’invasion publicitaire qu’il a contribué à aggraver.

A Lyon, le 1er août 2007

Le collectif des Déboulonneurs Lyonnais

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Verbatim du débat



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