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Ils soutiennent le collectif

Article publié le mercredi 29 novembre 2006

Première précision : les allusions personnelles contenues par certains messages sont dues au fait qu’un des sept prévenus avait pris l’initiative de lancer un appel à soutien, dès le lendemain des faits. Il serait difficile de les « gommer » toutes…

Deuxième précision : tous les messages ici réunis sont rendus publics avec l’accord de leur auteur.

- Alliance pour une Europe des Consciences
- Ariès Paul
- Audouin Alice
- Aumeunier Jean-Jacques
- Baissat Bernard
- Bessis Victor
- Bové José (GIF)
- Bouëssée Joël
- Chalot Francis
- D’Aurélie Claire
- Dutrey René
- Droits du Piéton en Gironde
- Eulry Fabrice
- Florentin Suzette
- Gläntzlen Jean-Marie
- Griesmar Jean
- Hourcade Jean
- Kressmann Yvonne
- Lagrost Jean-François
- Larivière André
- Latouche Serge
- Ledos Jean-Jacques
- Löwy Michael
- Lubraneski Yvan
- Mardaci Maryvonne
- Mikhailoff Jean-Christophe
- Morin Edgar
- Nenner Charlotte
- Ne pas plier
- Pellissier Jean-François
- Pergnier Maurice
- Riché Philippe
- Salon Albert
- Stiegler Bernard
- Tiran Daniel
- Varennes René

Des éluEs venuEs aux actions de barbouillage

DUTREY René - Premier adjoint au maire du 14e arrondissement de Paris

MIKHAILOFF Jean-Christophe - Conseiller du 11ème arrondissement de Paris

NENNER Charlotte - Conseillère de Paris, Adjointe au Maire du 10ème arrondissement de Paris, déléguée aux transports et à la voirie

PELLISSIER Jean-François - Adjoint au maire du 13ème arrondissement de Paris, chargé de la Démocratie participative et du Développement de la vie associative

29 octobre

LARIVIÈRE André (citoyen planétaire originaire du Québec)
En ces temps où l’emprise des marchands sur le monde devient de plus en plus insoutenable et inacceptable, autant pour l’Homme que pour sa planète ; en ces temps où la qualité de vie est de plus en plus menacée par de multiples agressions, où la nuisance quotidienne ravage nos sens, les barbouilleurs de pubs (dont M. Yvan Gradis que je connais comme une personne très responsable) font oeuvre de salubrité publique, et à cet égard méritent tout notre respect. Puissiez-vous, M. le juge, ne pas être trop à la solde des puissants dans la réflexion que vous porterez sur cette affaire.

LÖWY Michael (directeur de recherches émérite au CNRS)
Cher Yvan, tu es un protecteur des paysages, urbains et ruraux. Ton combat est de salubrité publique, et on espère que ton procès sera, enfin, celui de l’agression publicitaire qui pollue et infeste nos murs, nos boîtes aux lettres, nos écrans, nos journaux et nos routes (pour ne pas dire nos cerveaux). Je veux bien être "témoin de moralité" à ton procès. En tout cas, tu as mon amicale solidarité. P.-S. : C’est seulement à cause d’un empêchement que je n’ai pas pu être avec vous, hier, 28 octobre...

SALON Albert (ancien ambassadeur de France)
"Je soussigné, Albert Salon, docteur d’État ès lettres, ancien ambassadeur de France, président d’associations pour la défense et l’expansion de la langue française et de la Francophonie, déclare :
- avoir assisté en spectateur approbateur à des barbouillages pacifiques de grands panneaux publicitaires défigurant nos paysages ruraux et urbains, et, en outre, déformant souvent notre langue dont l’emploi en France a fait l’objet de la loi dite "Toubon" du 4 août 1994 ;
- estimer nécessaire de continuer cette lutte pacifique ;
- souhaiter que le mouvement de protestation prenne une ampleur de plus en plus grande ;
- demander aux juges qui peuvent en être saisis de considérer qu’il ne convient pas de confondre dans la réprobation et les sanctions pénales et financières d’honnêtes citoyens qui défendent le bien public, avec d’autres qui – hélas ! - le détruisent en bénéficiant trop souvent d’une indulgence coupable."

30 octobre

AUDOUIN Alice (ancienne directrice marketing/communication de Novethic, aujourd’hui responsable du développement durable, MPG, Havas)
Cher Yvan, ton procès prend place dans une scène plus globale de manque de dialogue entre les professionnels de la publicité et de l’affichage, et les organisations et les penseurs qui partagent tes valeurs. Pourquoi ce manque de dialogue ? Dans un premier temps parce que les positions sont opposées, les « visions du monde », opposées, et l’on pense impossible de trouver un terrain d’entente. Lorsque je discute avec un afficheur et que moi-même, certaine d’avoir raison, je lui dis « il y a trop de panneaux », il me demande immédiatement sur quel critère je me fonde (autre que mon utopie, mes souhaits, ma propre vision du monde, mes goûts esthétiques, mes idées politiques, mon esprit critique…) et il me répond généralement que la perception des panneaux est subjective, que, pour d’autres personnes, notre densité de panneaux est bonne et ne pose pas de problème. Tu sais qu’il y a des exceptions dans l’affichage, qui n’ont pas cette vision-là, qui ont un principe d’autolimitation ; je pense en particulier à un afficheur qui fait de gros progrès, travaille sur sa « densité » et s’interdit de dépasser désormais 1m2 de surface. Dialoguer, sur quelle base ? Tant que des critères ne seront pas clairement établis et débattus, il sera impossible d’avancer, les clans resteront figés. Aujourd’hui, dire « les affiches sont trop nombreuses et doivent être plus petites » ne peut être argumenté qu’en tant que point de vue subjectif, fût-il partagé par 5 millions de Français ! Il faut partir de cette réalité, si dure soit-elle pour toi, pour avancer. Pour que ton point de vue devienne force de proposition, il lui faut d’autres arguments. Il doit appuyer ses propositions de façon plus solide, il doit être argumenté. « Trop de panneaux », c’est quoi ? Un(e) urbaniste, un(e) psychologue, un(e) spécialiste de la sécurité routière, un(e) sociologue, une association de consommateurs, un(e) écomaire, un afficheur responsable peuvent peut-être, ensemble, essayer de le définir ? « Le bon nombre de panneaux », c’est quoi ? Il faut travailler sur l’idée de norme, de moyenne. Il faut définir les choses concrètement ; même pour ta revendication 50 x 70, il te faut des arguments. Il s’agit, pour sortir des affrontements, de mettre en marche une équipe pluridisciplinaire qui travaille sur ces questions, et qui puisse y intégrer des éléments de réflexion comme : la vie collective, la sécurité routière, l’esthétique urbaine, l’aménagement urbain, les agendas 21 des collectivités locales, la consommation, le développement durable, l’urgence écologique, les emplacements des commerces et leur évolution, etc. Il est essentiel de poser la question de la « responsabilité sociale et environnementale » d’un afficheur, d’un maire, d’un annonceur. Cela suppose quoi ? De se mettre au boulot tous ensemble, se coller à des propositions de définitions et de critères établis selon une méthode le plus objective possible. Ici les personnes qui ont une expertise dans le développement durable (comme moi) peuvent aider. Car c’est notre boulot d’essayer de mettre des méthodes, des critères et des outils dans un secteur en correspondances avec des exigences sociales et environnementales. Dans mon activité professionnelle et à mon initiative, MPG vient de lancer, avec l’ADEME, Écobilan et la direction de l’environnement de LVMH, un programme de recherche qui s’appelle Écopublicité, qui vise à mesurer l’impact environnemental de la publicité et qui inclut, bien évidemment l’affichage. Le résultat de cette recherche sortira en juillet 2007. Elle aidera à y voir plus clair sur le critère environnemental, et aidera aussi, je l’espère, au débat et à la vision d’un axe de progrès. (Bien sûr, dans ce paragraphe, je ne parle pas des problèmes des panneaux illégaux qui, eux, sont à part et n’ont rien de subjectif.) Tu sais que j’ai fait mon possible pour lancer un groupe de travail (dans le cadre de mon travail) avec les afficheurs au printemps dernier (objectif du groupe de travail : définition du périmètre de responsabilité sur le plan social, sociétal et environnemental + plan d’action) et que j’ai échoué (sauf pour un afficheur qui a bien voulu m’écouter). Je n’étais peut-être pas la bonne personne pour mener ce travail mais l’UPE (Union de la publicité extérieure), affirmant prendre en charge ces questions pour la profession qu’elle réunit en son sein, le mène-t-elle vraiment ? L’UPE devait se positionner sur des propositions pour cet automne... Je souhaite que ton procès ne soit pas une énième expression de deux mondes qui s’affrontent mais l’occasion de poser les questions de fond, à l’heure de l’urgence écologique et de l’accélération de la place de la consommation dans nos gestes, nos représentations et nos identités. Nous devons débattre au sujet de notre responsabilité à tous : consommateurs, citoyens, élus, afficheurs, annonceurs, etc. et avancer. Je précise bien sûr que mon soutien et ma présence est à titre personnel et non professionnel. En tant que responsable du développement durable dans le domaine de la publicité, je ne saurais prendre une posture d’affrontement contre ma propre société, mon propre univers professionnel, comme tu le sais, je crois avant tout au dialogue, au débat et je pense pouvoir y contribuer. Courage !

HOURCADE Jean (ancien conseiller culturel)
Cher Yvan, je serai ce jour-là dans l’avion pour la Birmanie, mais je tiens à t’assurer de ma sympathie. Tu oeuvres pour rendre le paysage français aux gens de ce pays et l’enlever aux pollueurs en tous genres : pollueurs d’air, d’espace, pollueurs de notre langue et de notre plaisir d’être nous-mêmes, pollueurs de la beauté. Je te fais d’avance par courriel, loin de mes bases, la bise de fraternité et de soutien que je pourrai te faire le 8 janvier. Très cordialement.

LAGROST Jean-François (flûtiste)
L’affichage publicitaire occupe abusivement une place démesurée dans notre environnement, créant un système à la fois disgracieux, liberticide et totalitaire. L’annonceur loue officiellement une certaine surface d’affichage. Cette surface, bien trop grande, constitue à elle seule un obstacle incontournable à notre regard, ce qui constitue bien évidemment le but recherché par l’annonceur. Dans la réalité, en louant une surface, l’annonceur devient également locataire de tout le volume depuis lequel son affiche est visible, ainsi que d’une partie de l’esprit de la personne qui regarde l’affiche, également appelée “la cible” dans le jargon publicitaire. Les tarifs - intégralement répercutés sur nos porte-monnaie - sont d’ailleurs plus fonction de la visibilité et de l’impact que de la surface elle-même. Si l’on comprend comment un afficheur peut devenir propriétaire d’une portion de mur ou d’un support quelconque, on se demande de quel droit il s’autoproclame bailleur de l’espace public depuis lequel est visible la publicité, et plus encore de l’espace intime qu’est le cerveau du récepteur. « Un usager de l’espace public qui – s’estimant offensé par la présence d’une affiche empiétant sur l’environnement visuel – la macule, la recouvre ou la retire ne vise pas à détériorer un support constitué de papier (ou d’un matériau quelconque), il vise à neutraliser le signal qui en émane et qui couvre l’espace environnant, dans un rayon qui peut être vaste » (Maurice Pergnier). Notre cerveau n’est pas la propriété des publicitaires et n’a pas à être vendu, c’est un droit fondamental qu’aucun juge, aucun pouvoir politique n’est en droit de contester. Le non-respect de ce droit fondamental, la privatisation autoritariste et abusive de l’espace public et les obstacles physiques que constituent les dispositifs publicitaires disproportionnés justifient les actions de désobéissance civile, tous les recours légaux ayant été épuisés sans que les droits et libertés des personnes soient respectés. Le Collectif des déboulonneurs a des revendications modestes et réalisables (la réduction des affiches au format 50 x 70 cm), ses méthodes sont non-violentes et ses actions se déroulent au grand jour. Ses membres sont intègres, intelligents et pleins de bon sens, ils ont tout mon soutien et tout mon respect.

MORIN Edgar (sociologue)
Il serait inique que des barbouilleurs animés par un esprit civique de dépollution des images soient poursuivis et condamnés, alors que tant d’ignominies dues à la recherche du profit maximum sont tolérées.

RICHÉ Philippe (ingénieur retraité, responsable associatif)
La lutte contre l’envahissement publicitaire est une oeuvre de salubrité publique. Face à l’inertie des pouvoirs publics en la matière, je soutiens et suis solidaire de tous ceux qui courageusement s’y engagent sur le terrain avec des moyens non-violents.

2 novembre

EULRY Fabrice (pianiste de boogie-woogie)
Cher Yvan, que vous soyez sanctionné ou non, c’est une victoire parce que : l’essentiel dans cette affaire, c’est de porter cela sur la place publique. Il faut que cela fasse autant de mousse que possible. Vous savez que c’est cela que nous cherchons. Qu’à titre individuel vous ressentiez le vertige est chose normale. L’enjeu dépasse votre petite personne, vous le savez, mais je vous le répète parce que, lorsqu’on se croit seul, l’on doute, faible humain que chacun est. Or, de même que j’ai cessé de douter, ce soir de retour de Bobino, en vous découvrant, vous cesserez de douter chaque fois que vous lirez ces lignes. Amicalement.

PERGNIER Maurice (linguiste, professeur d’université émérite)
Cher Yvan Gradis, apprenant que vous êtes poursuivi pour avoir « barbouillé », en compagnie de six « complices », un panneau de réclame commerciale (lequel est, soit dit en passant, particulièrement offensant pour le regard des parisiens, en raison du support qu’il occupe), je tiens à vous faire part de ma totale solidarité et de mon soutien. Ne pratiquant pas moi-même ce type de protestation antipublicitaire, je n’ai aucun droit à porter un jugement positif ou négatif quant à son opportunité ; mais j’en reconnais pleinement la légitimité. Devant la carence des pouvoirs publics à protéger les citoyens contre l’emprise de l’affichage publicitaire, on voit mal quel autre recours ont lesdits citoyens que d’attirer l’attention par des dégradations symboliques, menées publiquement et pacifiquement. Je ne comprends même pas comment la puissance publique peut envisager de sanctionner de tels actes citoyens, alors que ce sont les afficheurs qui font acte de délinquance en investissant abusivement l’espace public : les afficheurs veulent faire croire que leurs panneaux n’occupent que la surface sur laquelle ils sont apposés, alors qu’en réalité ils polluent visuellement des centaines de mètres carrés de l’espace public environnant, qu’ils s’attribuent indûment (comme vous le savez, j’ai diffusé, à ce sujet, une analyse que je verserais volontiers à votre défense). Il est pour le moins extravagant que ce soit la protestation contre les affiches qui soit traitée comme une transgression, alors que ce sont les afficheurs qui transgressent partout les limites de leur droit à s’approprier l’espace public. Et sur quel chef vous poursuit-on ? Peut-on sérieusement penser qu’on vous poursuit pour dégradation de bien privé, quand on sait qu’un simple coup de torchon suffit à réparer les « dommages » matériels ? L action pour laquelle on vous poursuit en justice s’apparente, me semble-t-il, plus à une manifestation qu’à une dégradation. Faut-il, alors, penser qu’on vous poursuit pour délit d’opinion ? Ce sont là mes premières réactions « à chaud » (donc fort superficielles), mais croyez que je suivrai votre procès avec la plus grande attention et ne manquerai pas de répondre à tout appel à soutien de votre part. Croyez à mes sentiments les plus cordiaux.

11 novembre

AUMEUNIER Jean-Jacques (ancien professeur de mathématiques, défenseur des droits humains)

- La justice étant rendue au nom du peuple français, je me sens pleinement concerné par la convocation des membres du Collectif des déboulonneurs devant le tribunal correctionnel.
- Je me déclare en plein accord avec les actions justes et non-violentes de ce collectif.
- La justice a, entre autres missions, celle de protéger les gens contre les actions des malfaiteurs en empêchant ceux-ci de nuire. Or, dans cette affaire, qui est le malfaiteur, qui est l’agresseur et qui est l’agressé ? Il me semble que les agresseurs ne sont pas ceux que l’on amène devant le tribunal, mais bien les afficheurs qui agressent constamment le public, par leurs messages publicitaires. C’est au point que l’on ne peut plus se promener dans les rues sans que notre regard soit attiré (agressé ?) par une de leurs affiches. De plus, ces afficheurs emploient des spécialistes en psychologie, en sociologie, en publicité, etc. pour étudier « scientifiquement » les méthodes les meilleures pour attirer et agresser le public. À mon avis, tout cela constitue de toute évidence une agression vis-à-vis des gens, dans le but de leur faire acheter une quantité de choses dont ils n’ont pas vraiment besoin. Selon moi, ce sont donc les afficheurs et non les déboulonneurs qui devraient se trouver devant le tribunal et être poursuivis pour agression du public et en particulier des jeunes.
- Je ne suis pas juriste, mais je voudrais poser une question. La République française a RATIFIÉ en 1980 le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et, en 1990, la Convention internationale relative aux droits des enfants. Or, l’article 10, paragraphe 3, du Pacte stipule : « Les enfants et adolescents doivent être protégés contre l’exploitation économique est sociale. » De même, l’article 16 de la Convention stipule : 1° « Nul enfant ne fera l’objet d’immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance… » ; 2° « L’enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes. » L’article 17, paragraphe e, ajoute : « … les États parties… favorisent l’élaboration de principes directeurs appropriés destinés à protéger l’enfant contre l’information et les matériels qui nuisent à son bien-être, compte tenu des dispositions des articles 13 et 18. »

Ma question est la suivante : Les publicités (affichées ou autres) ne violent-elles pas ces traités internationaux que la France a ratifiés ? On sait, en effet, que de nombreuses publicités visent les enfants, voire se servent d’eux pour qu’ils fassent pression sur leurs parents et les poussent à l’achat.

14 novembre

KRESSMANN Yvonne (Quaker styliste de 76 ans qui a roulé sa bosse en Orient)
Bonjour. Ah ! là, là ! Donc, la Légion d’honneur pour « légitime réponse » n’est pas encore venue pour toi ? Figure-toi qu’ici, à Carpentras, l’on trouve beaucoup de boîtes aux lettres avec « Pas de publicité ». Tu n’es pas totalement seul… Tu as bien raison de vouloir protéger notre environnement de cette invasion agressive qu’est la publicité : de trop grande taille, mal placée ou d’une imagerie agressive. Si tous les citoyens prenaient conscience (et leurs responsabilités) de ces agressivité et libertés que prennent les publicités et en particulier les grands groupes devenus pour la plupart partie des grosses boîtes internationales, nous pourrions espérer plus de respect pour le pays. Quel droit (bakchich…) ont-ils de nous imposer certains panneaux si peu esthétiques d’une part et d’autre part parfois même sur des lieux et d’une taille normalement interdits ? Quand je suis allée à Prague à l’époque du communisme, je me souviens de cette ambiance de paix — mais quelle paix ! — que procure les paysage d’une ville et de sa campagne libre de toute publicité. Quand je pense aux millions que coûte et brasse ce milieux, Prague aujourd’hui doit avoir été, à son tour, prise dans le filet… Garde ta bonne humeur, tu es sur la bonne route.

TIRAN Daniel (éducateur spécialisé)
Mon combat quotidien est presque aussi vital que celui qu’un sans domicile à la rue mène pour protéger son intégrité physique et mentale : lutter contre l’omniprésence publicitaire accapare mon esprit et m’empêche d’accéder à la réalité qui m’entoure. La publicité est abrutissante.

15 novembre

LATOUCHE Serge (économiste, professeur d’université)
Je tiens à vous apporter mon soutien total dans votre combat légitime et nécessaire. Lorsque les gouvernements violent leur propre légalité et que ce sont les lobbies qui dictent les lois, il ne reste au citoyen qu’à résister, même en sortant de la légalité pour rentrer dans le droit selon une formule célèbre. Votre combat, qui rejoint celui des faucheurs volontaires contre le scandale de l’imposition des OGM et celui des objecteurs de croissance contre le délire productiviste, est, en effet, une "légitime réponse" à l’agression publicitaire qui mériterait la Légion d’honneur comme vous l’avez expliqué, avec une sagesse et un humour socratique adaptés à la situation, aux policiers. Je vous joins un extrait de mon dernier livre, "Le Pari de la décroissance" (Fayard), p.163 à166, qui évoque la publicité et son rôle néfaste. Je ne manquerai pas d’apporter un soutien financier à votre cause et je vous autorise à faire tout usage que vous jugerez bon de la présente pour votre défense. Bon courage et très cordialement.

(Extrait du livre de Serge Latouche, envoyé par lui-même)

La manipulation médiatique.

Si pour Aristote, les murs mêmes de la cité éduquent le citoyen, à quoi peuvent bien éduquer les murs de nos villes et de nos banlieue ? Peuvent-il former, au mieux, autre chose que des consommateurs et usagers frustrés, au pire des "sauvageons" rebelles ? Un urbanisme laid et sans âme, le plus souvent, et une publicité agressive et omniprésente ne contribueront pas à former des personnalités fortes et indépendantes capables de résister à la manipulation médiatique et à la propagande politique qui en est devenue le sous-produit. L’information, par son excès même, la "surinformation", devient, suivant l’analyse de Jacques Ellul, désinformation et se combine avec la publicité commerciale et politique pour devenir déformation, propagande et manipulation. C’est une véritable entreprise d’intoxication. Illich analysait la création de besoins par la publicité comme une "réification" aliénante. "Avoir soif, écrit-il, c’est avoir besoin de Coca-Cola ! Cette sorte de réification est le résultat d’une manipulation des besoins humains par de vastes organisations qui sont parvenues à dominer l’imagination des consommateurs en puissance".

Il y a des manipulateurs manifestes, les firmes transnationales et les lobbies économiques (Monsanto, Novartis, Bayer, Dow chemicals et Cie), les États et leurs services spécialisés, (CIA, KGB et leurs avatars…). Les exemples de manipulations flagrantes et réussies sont légion : on se souvient de l’annonce des faux massacres de Timisoara propagée par le KGB, des armes de destruction massives qui ont servi de prétexte pour déclencher la guerre à l’Irak par le clan Bush. Dans les deux cas, même si la supercherie est dégonflée, c’est trop tard, la désinformation a atteint ses objectifs. La manipulation publicitaire, quant à elle, est encore plus difficile à démasquer et les effets de sa dénonciation sont encore plus limités. Avec certains médias, la manipulation consciente et systématique atteint un degré de cynisme difficilement surpassable comme en témoignent les tristement célèbres déclarations de Patrick Le Lay : "Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective "business", soyons réalistes : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation, de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible."

Toutefois, à la limite, les manipulateurs sont eux-mêmes manipulés et, comme dans le roman de John le Carré, "Une amitié absolue", on ne sait plus qui manipule qui. D’autant qu’il y a une manipulation plus insidieuse et invisible engendrée par "l’air du temps". Produite par personne et tout le monde à la fois, elle a partie liée avec notre façon de vivre.

La consommation du quotidien

"Pour s’infiltrer dans les espaces vernaculaires, note Majid Rahnema, le premier Homo oeconomicus avait adopté deux méthodes qui ne sont pas sans rappeler, l’une l’action du rétrovirus VIH et l’autre les moyens employés par les trafiquants de drogue." Il s’agit de la destruction des défenses immunitaires et de la création de nouveaux besoins. La première est bien réalisée par l’école, la seconde par la publicité. Toutefois, c’est surtout l’accoutumance qui crée la toxico-dépendance. La croissance, avec le consumérisme, en effet, a été à la fois un virus pervers et une drogue.

Un ancien ministre de l’Environnement, bon connaisseur du système, nous en apporte une illustration saisissante qu’on nous excusera de citer un peu longuement. "Monsanto vise en réalité, écrit-il, ce qui, dans le jargon interne, s’appelle la biotech acceptance, l’acceptation des OGM par la société. La firme a confié à Wirthlin Worldwide, spécialiste mondial de la communication d’entreprise, le soin de "trouver les mécanismes et les outils qui aident Monsanto à persuader les consommateurs par la raison et à les motiver par l’émotion." Cette entreprise - opportunément baptisée Projet Vista - est fondée sur "la détection des systèmes de valeurs des consommateurs". Il s’agit d’établir à partir de ces données "une cartographie des modes de pensée, avec quatre niveaux (...) : les idées toutes faites, les faits, les sentiments et les valeurs. Aux États-Unis, les résultats de cette étude ont conduit à établir les messages qui percutent auprès du grand public américain, à savoir l’importance de l’argument en faveur des biotech : moins de pesticides dans vos assiettes". "D’ores et déjà, les messages se concentrent sur trois thèmes principaux : les OGM permettraient de supprimer les pesticides et fourniraient des aliments sains. Les OGM préserveraient la qualité des sols et la biodiversité. Les OGM seraient conçus pour s’adapter aux zones salines ou arides : ils répondraient au problème de la sécheresse dans le Tiers Monde et s’adapteraient aux changements climatiques. En France, ces slogans sont diffusés sous la forme de brochure dans les écoles et dans les salles d’attente de médecins par l’association Deba." Dans la campagne publicitaire de Monsanto en 2001, cela donne, dans le jargon inimitable des professionnels, ce slogan primesautier : "Pour plus d’écologie gie gie, la biotechnologie gie gie." Malheureusement, force est de constater que ça marche. Non seulement auprès des enfants, mais aussi du grand public et même des juges. Les sondages récents nous apprennent que la résistance aux OGM faiblit dans l’opinion, et un tribunal a condamné la Confédération paysanne à payer une forte indemnité à Monsanto. (Fin de l’extrait du livre de Serge Latouche.)

17 novembre

GLÄNTZLEN Jean-Marie (écorudologiste professionnel et vieux militant environnementaliste sexagénaire)
Vous semblez bien être un extrémiste. Mais sans doute faut-il dans cette société inquiétante parce que gadgetivore et "nouvelivore", face aux extrémistes de la pub, qu’il y ait aussi des garde-fous, des extrémistes de l’antipub pour faire contrepoids. Alors qu’on devrait plutôt mettre en accusation et condamner le BVP pour laxisme, j’espère que vous serez relaxé pour service rendu à l’intérêt général. Je vous souhaite bon courage et vous assure de ma sympathie écocitoyenne.

GRIESMAR Jean (ancien cadre de l’industrie pétrolière)
Cher Yvan, je tiens à vous apporter le témoignage de mon estime pour votre action courageuse et désintéressée — ce qui devient rare ! Je ne connais pas les données juridiques de votre affaire, mais il m’apparaît que votre but de limiter le format des affiches et, d’une façon générale, l’invasion publicitaire est conforme aux préoccupations écologiques proclamées par les pouvoirs publics ; il semble que la justice devrait tenir compte notamment de cette circonstance. Je vous souhaite bon courage et vous renouvelle l’expression de toute ma sympathie.

LEDOS Jean-Jacques (historien de l’audiovisuel)
J’ai rencontré Yvan Gradis sur un plateau de télévision, il y a dix-sept ans. Je me suis senti de suite en accord avec sa dénonciation des excès d’une publicité manipulatrice, mensongère, dans une forme au mieux ridicule, au pire, vulgaire, en tous cas omniprésente et je n’osais pas alors la désigner comme totalitaire. Nous sommes convenus avec Yvan que le combat serait long, dix, quinze ans, davantage, peut-être ! Yvan ne s’est jamais démobilisé, et les résultats obtenus sont à ce jour encourageants. Sans doute la publicité est-elle nécessaire dans une société marchande. Ne pas lui fixer de limites, c’est assurément accepter son envahissement et la soumission à un modèle de société qui ne se soucie guère d’humanisme. Alors, le combat continue !

18 novembre

BAISSAT Bernard (réalisateur télévision)
Cher ami, je suis complètement solidaire de votre action non-violente qui exprime bien le ras-le-bol de la majorité de la population française contre l’agression permanente de la publicité. Les entrées de toutes nos grandes villes ont été défigurées par une multitude de panneaux publicitaires. Tous les médias écrits et audiovisuels, y compris ceux qui sont payés par les contribuables, sont envahis par la publicité. Il faut chercher les informations entre les pages de réclame. Nos boîtes aux lettres sont pleines de prospectus que nous jetons à la poubelle. Sur le chemin de l’école, les écoliers croisent une centaine de messages publicitaires, et plus s’ils empruntent le bus ou le métro… Nous n’en pouvons plus. Nous sommes saturés. Nous n’avons plus aucun moyen pour nous défendre, et je comprends votre geste de révolte que je trouve complètement légitime dans ce milieu violent. J’espère que la justice, encore épargnée par la pression des publicitaires, saura reconnaître le bien-fondé de votre acte non-violent et que vous pourrez faire valoir votre représentativité d’un courant aujourd’hui majoritaire dans notre pays. Bien cordialement.

20 novembre

BOUËSSÉE Joël (auteur)
J’ai lu avec sympathie et adhésion votre lettre circulaire. Je vous prie simplement de ne pas prendre le passage en « correctionnelle » pour une quelconque humiliation mais, au contraire, pour une justification voire l’aboutissement de votre combat puisque celui-ci se voit reconnu par le pouvoir, même si ce dernier en venait à vous condamner. Ne cherchez donc pas le réconfort puisque, en cette occasion, vous vous trouvez pour le moins validé par la circonstance. Recevez l’expression de mes sentiments les plus cordiaux.

MARDACI Maryvonne (infirmière ergothérapeute)
Cher ami, je suis à la fois choquée mais pas étonnée par ce qui vous arrive. Vous aimez jouer les provocateurs… mais je suis tout à fait d’accord avec votre combat. Par votre comportement, vous attirez l’attention sur un problème majeur : de grandes sociétés françaises et étrangères ne respectent pas la loi qui concerne leur activité professionnelle, la publicité. Pourquoi ? Parce que les autorités s’inclinent devant les grosses entreprises financières. C’est inadmissible. La loi est la loi. Si on se souvient de décisions récentes, toutes les personnes habitant sur notre territoire doivent respecter les lois de la République, quelles que soient leurs origines ethniques, culturelles, religieuses. C’est juste et rationnel. Pourquoi nos autorités n’ont-elles pas la même attitude vis-à-vis des puissances financières ? Peut-être n’ont-elles pas pris conscience de la gravité de la situation. On ne veut pas faire d’autres hypothèses. En dehors du problème esthétique, j’aurais même envie d’aller plus loin. Quand on voit cette invasion de la pub dans nos paysages, nos médias, nos boîtes aux lettres…, on a envie de se demander combien cela coûte. Quand nous achetons un produit, combien dépensons-nous pour payer la pub, le producteur et surtout l’ouvrier ? Il serait temps d’aborder le problème d’une façon globale, et vous y contribuez par votre action. Je suis optimiste, je pense qu’il faut faire confiance à la justice.

D’abord infirmière, je me suis ensuite investie pendant des années, en tant qu’ergothérapeute, dans la réadaptation de personnes handicapées à la suite d’accidents sur la voie publique (hôpital Raymond-Poincaré, Garches). On interdit, et avec raison, à un automobiliste de téléphoner quand il conduit car cela risque de le distraire et d’être à l’origine d’un accident. Par contre on accepte la présence sur nos routes de panneaux publicitaires de plus en plus grands, de plus en plus agressifs, qui n’ont d’autre but que d’attirer l’attention des automobilistes, des cyclistes, des piétons… bref, de les distraire, sans se soucier des conséquences sur leur comportement. N’est-ce pas absurde d’accepter un tel non-sens ?

Gardez le moral. Bien amicalement.

VARENNES René (président-fondateur de l’UCBBA « Forêt des mille poètes »)
Cher ami, la poignée de main que la distance m’empêche de vous donner, je vous la transmets par la pensée et par le coeur. Et je suis sûr que le plus grand nombre des compagnons de notre Forêt partagera votre combat, le 12 janvier 2007. La lutte pour une nature et une culture préservées ne saurait être compartimentée. La publicité, pareille au déluge qu’on nous annonce, envahit l’une et l’autre, détruisant les paysages et les perspectives,saucissonnant à la télévision la plupart des émissions, qu’elles soient ou non de qualité, de telle sorte que nous vivons dans un pathos épouvantable. Le 12 janvier 2007, quoi qu’il y paraisse, vous ne serez pas tout seul. Très cordialement.

23 novembre

FLORENTIN Suzette (professeur retraité)
Retraitée de l’enseignement, je me souviens de ma rage impuissante quand, arrêtée à un feu rouge sur le trajet menant à mon lycée, je voyais s’étaler sur le mur d’en face une énorme pub représentant une éponge ayant vaguement la forme d’un corps féminin avec ce slogan : « Ce n’est pas parce qu’elle est belle qu’il faut la ménager. » Pendant quelques secondes, je me fantasmais lançant des encriers ou un bocal de verre que j’aurais rempli de peinture sur cette image de ce que je déteste : la pub et le machisme. Je ne l’ai jamais fait ; il aurait fallu préparer le matériel, revenir à une heure plus tranquille, risquer une dénonciation, avec la quasi-certitude de rater ma cible, trop haute, trop loin de la rue. Alors, que des jeunes s’organisent pour réaliser ce dont j’ai rêvé, cela me réjouit, et je ne peux que les soutenir.

CHALOT Francis (maire de Janville-sur-Juine)
Cher Monsieur, je tenais à témoigner par la présente, que je vous autorise à diffuser et à présenter aux juges, du fait que je considère votre combat comme légitime, citoyen et d’utilité publique. L’agression publicitaire est permanente dans le monde où nous vivons. Elle ne respecte rien, pas même les règles minimales conçues pour protéger nos sites et paysages. Je peux le dire avec force en tant que maire d’une petite commune, car je passe beaucoup de temps à batailler pour le retrait d’affichages illégaux. Elle ne respecte pas nos esprits et nos consciences. Je peux le dire en tant que père de famille, puisque, là aussi, c’est une véritable « résistance » qu’il nous faut organiser pour faire face à la manipulation, la déculturation, le matraquage constant de la publicité. Elle ne respecte pas les grands enjeux de notre planète, et les politiques publiques qu’on prétend mettre en oeuvre, puisqu’elle incite en permanence au gaspillage. Cher Monsieur, je vous considère comme un « résistant » et je vous apporte à ce titre mon soutien. Très sincèrement.

25 novembre

BESSIS Victor (médaillé militaire, croix de guerre 1935-1945)
J’ai été fort surpris d’apprendre que vous allez comparaître devant le tribunal correctionnel. Durant nos conversations familières, j’ai pu me rendre compte de ce que vous n’êtes nullement hostile à la publicité. Vous êtes simplement opposé à ses dérèglements intermittents, qui sont porteurs d’un pouvoir corrosif et d’un irrespect total de l’harmonie de la Ville. Vous avez un profond attachement au bien public. Votre volonté de réagir prend sa source dans votre conscience morale et dans votre intérêt pour autrui. Pour vous, l’idéal, c’est de parvenir à réduire les dérives publicitaires afin de contribuer à offrir une coloration plus humaine à l’environnement. Votre aspiration a une valeur d’exemple et impose le respect. Mais il n’y a pas d’idéal dont le charme n’ait son péril. Vous paraissez avoir le courage inébranlable d’affronter ce risque. Votre entier dévouement et votre hauteur de vues engagent à augurer mieux de l’avenir ; ils vous donnent un accent de vérité qui montre votre bonne foi. C’est pourquoi je suis conduit à croire que la Justice, lors de l’audience du 12 janvier prochain, sera encline à prononcer une sentence de relaxe en votre faveur. Je désire vous redire que je me tiens prêt à témoigner en Justice ma grande estime pour vous et pour votre action. Croyez à ma bien vive amitié.

27 novembre

NE PAS PLIER (Isabel de BARY, Gilles PATÉ, Gérard PARIS-CLAVEL, Franck POUPEAU)
Nous venons de recevoir ton courrier nous informant de ton procès pour ton action de « légitime réponse » face à l’oppression publicitaire. Nous souhaitons t’exprimer tous notre soutien pour cet acte que nous jugeons plus que légitime. Depuis de nombreuses années, nous revendiquons un texte de loi sur la pollution visuelle dans la ville, ce qui est pour les citoyens l’objet de violences et d’oppression. L’espace de la rue reste un espace commun où le commerce ne peut nous être imposé (on ne peut pas zapper dans l’espace public), nous demandons sur quel principe la publicité dans ces espaces est autorisée. Pour toutes ces raisons, nous trouvons injuste le fait que tu te retrouves dans cette situation judiciaire, et nous sommes à ta disposition pour tout ce qui te paraîtrait nécessaire pour que la justice soit au plus près des préoccupations des citoyens et non des marchands privés.

1er décembre

ALLIANCE pour une Europe des Consciences (n° 11, décembre 2006)
Le Collectif des déboulonneurs, qui a choisi l’action non-violente de désobéissance civile par le barbouillage des panneaux publicitaires, doit, malgré la sympathie du public, de certains élus et d’une certaine presse, faire face aujourd’hui, avec le même courage, aux conséquences de ses actes. Sa revendication (50 x 70 cm maximum pour les affiches publicitaires), suivie d’actes démonstratifs non-violents, mérite-t-elle le tribunal correctionnel ? Dans notre monde, oui, et un procès reste toujours un traumatisme. C’est pourquoi les barbouilleurs de ce collectif se sentiraient réconfortés par des messages de sympathie, un mot de soutien disant combien la démarche est légitime. C’est un de ces messages que nous leur envoyons ici.

1er janvier

D’Aurélie Claire, Montrouge (citoyenne libre et éditrice de livres)
De plus en plus de personnes privées, représentant des associations, groupes de citoyens, disent n’en plus pouvoir de cette invasion publicitaire qui obstrue le paysage rural et citadin, qui étouffe la pensée libre et intelligente. N’oublions pas que le pourcentage de citoyens qui se déclarent allergiques à l’invasion de la publicité augmente chaque jour — on en serait à 46 % d’opinions exprimées ; sans compter ceux qui n’ont pas eu encore l’occasion de s’exprimer. De plus en plus de spécialistes de tous ordres — scientifiques, enseignants, médecins, artistes… — expriment à quel point la publicité donne une image fausse et tronquée de la société et avec le danger que les très jeunes voient le monde au travers de ces lunettes déformantes. Je déclare publiquement que j’estime courageux ces citoyens qui se sont mis au premier rang pour simplement exprimer avec calme et dignité ce dont nous souffrons tous : l’invasion uniformisante de la publicité et les monstrueuses dépenses supportées par les consommateurs, dont l’équivalent pourrait être utilisé pour des causes humaines, intelligentes et justes. Je m’exprime individuellement en tant que citoyenne libre et éditrice de livres.

10 janvier

Droits du Piéton en Gironde (association)
L’association les Droits du Piéton en Gironde vous soutient dans votre action contre la publicité envahissante.

En association avec la Ligue contre la violence routière 33, nous militons contre les panneaux publicitaires qui sont une des causes de l’insécurité routière

René Vernay, Président

11 janvier

STIEGLER Bernard (directeur du département du développement culturel du Centre Georges Pompidou)
À la lecture des textes où le collectif des déboulonneurs expose ses principes et son protocole d’action, ce discours frappe par les motifs profondément raisonnables et responsables qui l’anime. On aimerait que les mouvements et organisations qui constituent par leur ensemble la société fassent preuve d’un semblable sens de la citoyenneté. Les actions menées par le collectif des déboulonneurs ouvrent un débat de fond qui préoccupe de plus en plus de français, et qui constitue une question de philosophie du droit – à savoir que l’espace public est envahi et littéralement parasité par l’espace privé que constituent les panneaux publicitaires. Les militants contestent dès lors la légitimité de ce qu’il faut bien appeler une appropriation de l’espace public. Et il est difficile de ne pas reconnaître que cette contestation apparaît elle-même tout à fait légitime.

Car le sujet est particulièrement grave. Il s’agit de la captation de l’attention des consommateurs, de la sollicitation invasive, insidieuse, permanente et littéralement accaparante de leurs facultés sensibles et intellectuelles, par toutes sortes de voies qui n’hésitent pas à pratiquer non seulement la sollicitation sensationnelle, mais la convocation des comportements réflexes les plus pulsionnels. Il en résulte une dégradation insupportable de l’espace public, en particulier dans les zones urbaines les moins bien loties, et qui donne une image de plus en plus lamentable de notre société, en particulier auprès des enfants que l’on accuse ensuite assez hypocritement et très injustement de manquer d’attention pour leurs proches et leurs prochains.

Car les enfants sont de plus en plus nombreux à souffrir de troubles de l’attention, et c’est là le résultat d’une véritable saturation affective, que les médias de masse et la publicité assènent systématiquement, mais qui détruit les esprits, et l’état d’esprit attentionné en quoi consiste l’espace public en tant qu’il est social, c’est à dire favorable à des relations d’attention entre les êtres humains.

Le collectif des déboulonneurs ne nie pas la nécessité de la publicité, à la différence de mouvements qui négligent gravement les nécessités de la vie industrielle. Ils prônent une publicité raisonnable en tenant eux-mêmes un discours raisonnable. C’est une attitude sociale assez exemplaire, et incontestablement courageuse, dans un monde qui ne cesse d’encourager l’excès.

L’illégalité de leurs actions au regard du droit actuel ne doit donc pas masquer la légitimité des motifs qui les animent.

12 janvier

LUBRANESKI Yvan (militant socialiste - NPS)
L’anti-pub : déboires juridiques et devoir politique

L’histoire de notre société politique recèle de nombreux combats d’avant-garde. Ils sont toujours, pour commencer, l’oeuvre d’une poignée de militants, dont les actions sont volontairement provocatrices pour attirer l’attention.

Yvan Gradis et ses compagnons déboulonneurs, qui avaient barbouillé des affiches publicitaires à Paris le 28 Octobre dernier, passent aujourd’hui en correctionnelle pour dégradation de bien privé. L’infraction étant constituée, ils auront bien du mal à convaincre le juge qu’il s’agissait d’un acte de désobéissance civile, à vocation politique : leur façon, finalement, d’entrer en résistance.

Les anti-pub dénoncent la pollution visuelle exercée par la publicité, et réclament à juste titre un format maximal de 50x70cm pour les panneaux publicitaires. Il est vrai que la publicité envahit et traverse toute la société. Et, s’il vous est possible d’éteindre ou de supprimer le volume de votre télé à l’occasion d’un écran publicitaire, les panneaux plus grands les uns que les autres s’imposent à vos yeux dans le paysage, urbain ou rural.

Le philosophe Edgar Morin, qui soutient les militants anti-pub, estime qu’un "seuil de saturation", dans ce domaine, est atteint. "Ces militants sont des éveilleurs", déclare-t-il aujourd’hui dans Le Parisien.

Dès lors, pour ceux d’entre nous qui seraient éveillés, il est temps d’ouvrir le débat politique à ce sujet. Le Nouveau Parti Socialiste, courant du PS, a déjà eu l’occasion, dans ses contributions, notamment sur les médias, de s’inquiéter de la publicité et de s’intéresser à la recherche de solutions sur ces vastes sujets de société. Une interdiction totale des écrans publicitaires dans les programmes audiovisuels déstinés aux enfants est, par exemple, soutenue.

Sur l’interaction de la publicité avec l’environnement, une réflexion mérite d’être menée dans notre parti. D’autant qu’une fois de plus, là est le coeur de notre action future : faire que l’homme prime sur les lois du marché.



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